La conclusion du livre Apollo (pages 320-321-322  ) ,livre d’histoire de l’art rédigé par monsieur Salomon Reinach en 1904,  peut être une réponse aux détracteurs de l’art moderne. Tout est dit ou presque..
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    Est-il permis de se hasarder à prévoir l’avenir, après avoir jeté un coup d’oeil rapide sur le passé? Quelles seront les destinées de l’art au XX° siècle qui vient de commencer ?
D’abord,il ne sera plus question d’écoles locales.Avec la rapidité et la facilité des communications, on ne verra plus d’écoles rivales et différentes à quelques lieues de chemin, comme furent celles d’Athènes et d’Argos,de Florence et de Pérouse, de Bruges et de Tournai.Dès le XVIII siècle, les écoles devinrent nationales : on eut l’école française,l’école anglaise, l’école espagnole.Dans la seconde moitié du XIX siècle, l’école française prend le dessus et tend à donner le ton aux autres; mais, en même temps , l’unité de cette école se brise; on y trouve concurremment des classiques, des romantiques, des réalistes, des idéalistes, des impressionnistes . Ainsi tout porte à croire que les écoles ne seront plus désignées par des noms de villes ou de  peuples : la rivalité ne sera plus entre pays, mais entre principes.

    Combien s’est élargi, tout en se simplifiant, le champ de nos études! Au XIX siècle, pour la première fois dans l’ histoire, l’art moderne , fils de la Renaissance, eut des représentants dans toutes les contrées de l’Europe : le sculpteur Thorvaldsen, les peintres Thaulow et Edelfeldt dans les pays scandinaves; les sculpteurs Antokolsky  (Ivan IV ci dessous) et Troubetzkoï ,(.....).Ceux -là et bien d’autres, formés à Paris, à Rome ou en Allemagne, ont donné naissance, dans leur divers pays d’origine, à des écoles qui ne sont pas nationales, mais qui puisent leur inspiration et leur sève aux grands courants qui constituent l’art européen.

    L’art de l’avenir sera-t-il surtout réaliste ? je ne le crois pas. Une des belles découvertes du XIX siècle, la photographie, nous a rendu la réalité plus familière.Quel artiste, fût- il doué comme un Van Eyck, voudrait aujourd’hui lutter avec la plaque sensible ? Ce que l’on demande surtout à l’art, c’est ce que la photographie,même la photographie polychrome, ne peut donner, la beauté suggestive des formes et des mouvements, le rayonnement, l’intensité ou le mystère de la couleur, en un mot l’équivalent dans le domaine de l’art, de ce qu’est la poésie dans celui de la littérature.
L’art du XX siècle sera, j’en suis persuadé, idéaliste et poétique, en même temps que populaire ; il  traduira l’éternelle aspiration de l’homme,de tous les hommes, vers ce qui manque à la vie de chaque jour et la complète, vers ce superflu et ce luxe que réclame notre sensibilité et dont aucun progrès d’ordre utilitaire ne peut tenir lieu.

    Loin  donc de croire que la mission sociale de l’art soit achevée ou près de son terme,je pense que leXX siècle lui fera une place plus grande et plus large que les précédents.Il attribuera aussi, je l’espère, du moins,-une importance croissante à l’enseignement de l’art dans l’éducation .(.....)

                           Salomon REINACH ( professeur à l’école du Louvre)
Juin , 1903-Juin 1904

 le scuplteur Antokolsky  (Ivan IV) ...ci dessous

 

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