Ledoux  sa biographie (lien)
Les Salines royales d’Arc-et-Senans ,
(1775-1779
)
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La rhétorique comme architecture
Les références aux auteurs classiques  constantes chez Ledoux  permettent de légitimer  l’innovation en proposant  par exemple un néologisme pour moderniser   la fonction d’un  batiment mais aussi la garantie de respectabilité   en offrant une  image  rassurante  à  des projets originaux.

Chez Ledoux, rhétorique et architecture sont  liées,  la transposition,l’amplification, le résumé et le discours métaphorique sont élevés au rang de véritables procédés architecturaux.

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La” transposition” permet d’imaginer  le monde rural de la Franche-Comté selon l’idéal antique  comme  “l’Arcadie”.
L’amplification ,procédé favori de Ledoux   agrandit les détails et  transforme les microcosmes en macrocosmes.”L’architecte offrira pour le plus petit objet ce dont le plus grand est susceptible” .

Mais c’est surtout  l’Architecture qui devient figure, le batiment devient élément de rhétorique avec des murs parsemés d’allégories et d’emblêmes présent sur les bas reliefs..

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La Saline de Chaux ( Franche Comté)
Temple du travail, la Saline royale d'Arc-et-Senans (Doubs) est à la fois un lieu de production et d'habitation, anticipant ainsi les villes ouvrières du XIXè siècle. Mais les onze bâtiments d'inspiration antique, théâtralement disposés en demi-cercle, ne sont pas seulement fonctionnels. Ils répondent à des aspirations  esthétiques et morales.. Dans le droit fil des penseurs  de la Renaissance , des philosophes comme Rousseau et d’un idéalisme social ( franc maçonnerie), la perfection formelle  et l’harmonie du  lieu sont  censées engendrer tout naturellement le bien et induire sur le comportement des habitants.

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Claude Nicolas Ledoux  constate que la production de sel ( note 1)   du Jura et des Alpes est archaïque et  à rendement faible.En s’appuyant sur des études antérieures Ledoux propose d’ériger une fabrique près de la Forêt de Chaux.” Il est plus facile de faire voyager l’eau que de voiturer une forêt en détail” affirme t-il dans son projet remis à Louis XV. La première pierre est posée en 1775 ,construction de la Saline ainsi que l’aqueduc en bois venant des Salins.
L’ensemble de l’ouvrage ne déroge pas au principe de la manufacture colbertienne traditionnelle, toutefois l’innovation est dans la construction de galeries couvertes qui découpaient la cour en diagonale ( “accélérant les services”). La deuxième innovation est dans  la volonté d’inventer une esthétique propre à la manufacture  alors considérée par les architectes de l’époque comme un ouvrage n’ayant aucun intérêt artistique. L’emploi des colonnes allait même étonner le roi “pourquoi tant de colonnes,elles ne conviennent qu’aux temples et aux palais des rois”

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Le plan semi circulaire répond  aux nouvelles conceptions   de l’hygiène ( circulation de l’air) et de fonctionnalité mais aussi  de l’esthétique car le demi cercle ,un  procédé efficace pour relier les différentes fabriques , rappelle  la forme de l’amphithéatre antique. Ce plan théatral célèbre à la fois une communauté ouvrière organisée renvoyant à l’idée “d’urbanité civilisée dans un environnement naturel” (  références à  la cité idéale  et  aux idées de Rousseau)  et  l’organisation  de l’espace  dans un rapport de  surveillance  par le Pouvoir ( symbolisme prépanoptique -déf. lien )
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L'articulation formelle de Ledoux est basée sur l'emploi de volumes simples et il affirmait : « Le cercle, le carré, voilà les lettres alphabétiques que les auteurs emploient dans la texture des meilleurs ouvrages. »

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Le pouvoir ( et le savoir)  est scénographié de l’entrée jusqu’ à la maison du Directeur,”Placée au centre des rayons,rien n’échappe à la surveillance”.Si pour Ledoux la vertu du demi cercle est sa capacité à faciliter l’observation et la surveillance , le batiment directoriale est  plus  un temple qu’une guérite de contrôle , d’autant plus que la ressemblance entre la maison du Directeur et un temple maçonique est troublante.
On a parlé   d’une “vision féodale”  pour ce  village     idéalisé de Ledoux , une  anticipation  des villes ouvrières et phalanstères  du XIX siècle.

(note 1)Le sel était une denrée d'autant plus essentielle qu'elle servait à conserver certains aliments comme la viande ou le poisson. Sa consommation supportait un impôt fort impopulaire, la gabelle, perçu par la ferme générale. En Franche-Comté, du fait de l'existence dans le sous-sol de gisements de sel gemme, on trouvait des puits salés dont on extrayait le sel par ébullition dans des chaudières chauffées au bois.

sources bibliographiques : Ledoux par Anthony Vidler (ed. institut claude ledoux)
lien video : France 3 bourgogne