_nativit___novgorod

Histoire ( très brêve) de l’icône:

Cela signifie image  en grec .C’est une peinture portable de dimensions réduites réalisée sur bois et peinte à l’encaustique (à la cire chaude) ou à la détrempe ( un mélange d’eau, de colle  et de jaune d’oeuf).L’origine de l’icône est syncrétique: un mélange de culture  gréco-romaine et égyptienne.Les paléochrétiens ont utilisé et détourné les codes de représentations dominants de leur époque .La peinture égyptienne ( souterraine , funéraire) exerce une influence sur la peinture  paléochrétienne  qui se développe dans les catacombes : une peinture qui va privilégier la ligne et le contour à des fins de lisibilité . La peinture paléochrétienne se constitue un répertoire de signes de reconnaissance fermé aux non -initiés et est indifférente à  l’illusionnisme pictural gréco-romain.Elle s’oriente plus vers la narration.
Une des origines indiscutables des icônes est le portrait funéraire romano-égyptien peint à l’encaustique, connu sous le nom de portrait de “Fayoum.” L ‘existence de l’icône a été au centre de violents débats théologiques entre les iconoclastes et les iconodules .A ce propos on peut noter qu’il est difficile d’avoir des témoignages artistiques antérieurs à la querelle . Après la restauration du culte des images,deux courants majeurs de l’art byzantin: les ateliers impériaux et de l’autre plus sévère les  ateliers monastiques .Les peintures de l’école de Novgorod ,s’inspirent plus de la culture populaire russe  et sont  postérieures à l’école de Moscou, dont le principal animateur était  Andreï Roublev.
Les différentes catégories d’icônes sont ,à part l’usage domestique très répandu, les icônes d’origine miraculeuses (Archeiropoiete, icônes bilatérales ( recto-verso) portées en procession) et les icônes de la proskynèse, représentation d’une scène ayant trait à une fête liturgique ,exemple  la Nativité.
description de l’icône
novgorod

La composition:
La composition est théocentrique .Les personnages sont placés sur  un cercle fictif (une gloire) dont le centre serait  la Vierge  et Jésus .Le paysage, très dépouillé, forme une triangle dont le sommet est orienté vers le haut.L’ensemble est  symétrique. Si l’impression d’eurythmie domine,ce principe d’organisation  picturale n’est pas nouveau,il correspond à des schèmes de composition transférés de ville en ville par des ateliers ambulants. On trouve ainsi une composition identique dans une fresque grecque du 14° siècle .La forme triangulaire de ce paysage très stylisé a une fonction directionnelle et ascensionnelle, le monde tend vers Dieu.Le traitement fantaisiste de ce paysage peut dans un réalisme analogique nous faire penser non seulement  à une montagne,  la grotte se justifiant , mais aussi à  une architecture  composée d’éléments répétés semblables à des ardoises ou à des marches.Ce monde n’est pas vraisemblable, il est un lieu idéalisé à la fois architecture  et nature où le  minéral et le végétal fusionne (l’écorce de la montagne ). Le paysage est perçu comme le derme de l’espace divin et relève non pas du chaos mais d’un ordre poétique .Ce monde en gradins et organisé ( par  la symétrie) est  bordé par quelques arbres imaginaires,l’Eden en somme.

L’espace plan:
L’intention d’éliminer la troisième dimension se heurte toujours à des problèmes plastiques dont les solutions restent souvent ponctuelles comme le masquage ou le dégradé. Dans le cas de cette icône, la représentation de l’espace repose sur l’espace plan, c’est un parti pris qui est  celui d’affirmer la volonté de substituer à l’espace physique un espace mystique ou métaphysique . C’est un espace mental, intellectuel qui cherche à traduire une pensée indifférente à  toute  idée d’imitation de la Nature (comme dans la peinture occidentale de la  Renaissance).Ce principe , nous le retrouvons dans l’art égyptien.

Dans cette icône les personnages sont  placés par étagement (répartition par étage). Mais la convention habituelle : bas du tableau = proximité et haut du tableau=éloignement  fonctionne ici  non pas dans une relation spatiale mais plutôt temporelle   .Les personnages  sont des silhouettes découpées sur un fond .Ce découpage doit être le plus représentatif,on cherche avant tout le maximum de lisibilité. La frontalité permet  non seulement d’identifier des personnages mais aussi de jouer sur les codes gestuels.La posture de la tête et des membres obéit à un répertoire symbolique précis,dans ce cas présent on peut avancer que les positions de trois quart répondent à une logique interne, celle d’une cohérence narrative. On remarquera que le personnage de droite (situé sur la ligne  médiane) est vu en rabattement, à savoir qu’il n’est pas dessiné en “raccourci” mais debout en biais pour ne pas nuire à la lecture.On peut  aussi évoquer la présence d’une perspective  dite “hiérarchique”,le corps de la Vierge (figure sacrée)est volontairement  disproportionnée par rapport aux autres personnages .Dans une logique de lisibilité la ligne et le contour sont indispensables , c’est par un répertoire de signes iconiques (comme chez les égyptiens) que le discours ( l’enseignement religieux) doit passer.



La temporalité :
Dans cette icône, on remarquera qu’il existe plusieurs temps du récit.S’il y a  narration, on ne peut pas, me semble t-il définir le point de départ. Peut être au centre,en haut ?Le temps est instantané  et visibledans la partie supérieure de l’oeuvre , l’éclat de la lumière de l’étoile filante est suspendu,  comme figé. Cette intemporalité  se manifeste  aussi par la figuration du  son, l’instrument à vent tenu par le personnage de droite . Nous sommes dans une dimension où les lois physiques vécues par l’homme sont abolies .C’est un temps à la  fois simultané et séquentiel,à la fois éphémère et éternel.
Le temps suspendu implique implicitement et, ici c’est explicite ,un avant et un après .L’antériorité est la sphère de Dieu  qui est placée  dans la partie supérieure de l’icône et la postériorité en bas à droite (le couple et Jésus). Le temps zéro se trouvant au centre de l’icône, la Nativité.La composition circulaire en forme de gloire autour de la Vierge renforce l’impression d’atemporalité.Dans un espace mystique les relations de l’espace/temps sontdissoutes . Ce n’est pas l’être humain qui est l’unité de mesure spatiale ou temporelle , mais Dieu.

La couleur :
La couleur, dans l’Antiquité comme au Moyen Age, a une fonction symbolique importante . Nous avons vu  que la représentation de l’espace métaphysique passe par la planéïté. La couleur et l’usage des aplats comme des monochromes vont renforcer cette impression d’espace mystique .
Le choix de l’or:  dans l’ancienne Egypte, l’or est la chair des dieux.L’or était  utilisé au moment des rites  funéraires, symbole d’immortalité, les momies pouvaient être aussi  recouvertes de feuilles d’or .Mais l’or est aussi extrait de la terre,du limon.Il est la lumière du dedans ,il éclaire de l’intérieur.Ainsi ses caractéristiques photogènes permettent de traduire l’intemporel, l’immatériel .Le spectateur aura une perception tactile de l’espace divin.L’or éclaire de l’intérieur l’icône mais aussi  par son pouvoir réfléchissant , l’or inonde le dehors à savoir l’espace du spectateur .Imaginez l’éclairage” vibratile” des bougies et vous aurez un aperçu de l’expérience sensorielle que devaient vivre les fidèles .Il y a indubitablement une expérience physique du spirituel, l’icône en est un des agents . Cette expérience de la lumière est à mettre en parallèle avec l’emploi du vitrail dans le monde occidental.
Le rouge :
Même si cela n’est pas scientifiquement démontré, on peut avancer que le rouge a une fonction dynamogène dans les codes plastiques . Le rouge dans la religion chrétienne est une  couleur à la symbolique complexe due entre autres  à un syncrétisme culturel .Maternité, charité, Passion du Christ ,hiérarchie,....le rouge est non seulement  un symbole mais il est manipulé,lui aussi,comme un concept.Il sert à classer et à hiérarchiser les personnages. Ce classement se fait par un traitement plastique de la couleur (opposition entre clair foncé par exemple ).Un beau rouge, au Moyen Age, sera saturé (pur) et lumineux.
Le rouge et beauté ont le même nom en russe “krasni”.Le rouge est au coeur de l’art populaire russe et ce n’est pas par hasard si le drapeau  des bolcheviks glorifiant le” meilleur des mondes”  a été.. .rouge.
Références : Voir  le symbolisme chrétien, Manteau de la Vierge (partie intérieure),etc..